Ranya Squalli : de la côte marocaine aux vagues de Biarritz, un parcours inspirant

Originaire du Maroc, Ranya Squalli n’a que 18 ans, mais elle est déjà une figure emblématique du surf dans son pays. Plusieurs fois championne du Maroc, elle pratique ce sport depuis l’âge de 4 ans, et sa passion est née d’un combat contre l’asthme plutôt que d’une ambition de compétition. Aujourd’hui installée à Biarritz pour concilier études et surf de haut niveau, Ranya poursuit son rêve : se mesurer un jour aux meilleures surfeuses du monde et représenter son pays sur la scène internationale. Son parcours témoigne à la fois de persévérance, de courage et de détermination, valeurs qu’elle applique autant dans l’eau que dans ses études à l’ESG Sport.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Ranya Squalli, j’ai 18 ans et je suis actuellement en première année de Bachelor à l’ESG Sport à Biarritz. Je suis plusieurs fois championne du Maroc en surf. Je pratique le surf à haut niveau et j’espère continuer à progresser pour, un jour, faire partie des meilleures surfeuses au monde.

Comment as-tu découvert le surf et qu'est-ce qui t'a donné envie d'en pratiquer ton sport de prédilection ?

J’ai commencé le surf à l’âge de 4 ans. À la base, ce n’était pas du tout pour la compétition. J’étais asthmatique et il m’arrivait souvent, le soir, d’aller à la clinique parce que j’avais du mal à respirer. Avec mes parents, on a consulté plusieurs médecins et essayé beaucoup de traitements, mais rien ne fonctionnait vraiment. Un jour, un médecin nous a conseillé de passer plus de temps à la plage, de respirer l’air marin et de nager régulièrement, même en hiver. C’est comme ça qu’avec ma mère, on a remarqué un club de surf sur la plage et qu’on a décidé d’essayer. Mon père ne nous a pas accompagnées, il est trop frileux. J’ai tout de suite accroché. J’ai commencé à demander sans arrêt à y retourner, et on y allait très souvent. Au début, c’était vraiment juste pour le plaisir. Mais petit à petit, mon asthme a complètement disparu. Plus je surfais, moins je toussais, je respirais mieux et je dormais mieux. Vers l’âge de 10 ans, il n’y avait vraiment plus aucune trace d’asthme, et ça, juste grâce au surf.

À partir de quel moment as-tu été considérée comme une sportive de haut niveau ?

Moi, je dirais que le jour où j’ai gagné ma première compétition a été un tournant. C’était le championnat du Maroc. Pour le haut niveau, c’était ce jour-là, quand j’ai remporté ma première compétition. J’avais participé à toutes les catégories juniors possibles : moins de 14 ans, moins de 16 ans et moins de 18 ans. Je crois que j’étais la première Marocaine à gagner les trois catégories d’affilée en une seule journée. C’est là que je me suis dit que j’avais un bon niveau et que je pouvais viser plus haut. Pour le haut niveau, je dirais que ça remonte à l’année dernière. C’est là que j’ai commencé à participer à des compétitions en Europe. Au début, je n’avais pas de résultats, mais ensuite j’ai décroché une troisième place dans une compétition junior moins de 20 ans, en France, à Capbreton. C’est là que je me suis vraiment considérée comme athlète de haut niveau. Cette compétition faisait partie d’un circuit pro junior : il y a normalement cinq ou six compétitions dans l’année, et pour être première à la fin, il faut avoir les meilleurs résultats. C’est un vrai challenge, presque comme une “électricité” qui te pousse à te dépasser.

À quoi ressemble une semaine type d'entraînement pour toi ?

Comme les conditions de surf ne sont pas toujours les mêmes, certaines semaines je surfe tous les jours, et d’autres semaines seulement une fois. Ça dépend vraiment des vagues. Du coup, j’essaie de compenser avec la salle de sport, où je vais tous les deux jours. Par exemple, lundi, mercredi, vendredi et dimanche, donc quatre fois par semaine. Et s’il m’arrive de ne pas beaucoup surfer, je peux monter à cinq ou six séances par semaine, presque tous les jours. En fait, dès que j’ai l’occasion de surfer, j’y vais, mais je continue aussi la salle derrière, comme ça je combine les deux.

 

Ranya Squalli

 

Comment gères-tu la pression avec les compétitions importantes ?

C’est une bonne question, parce que je suis encore en train d’apprendre à gérer ça. Ce n’est pas acquis à 100 %, j’ai un coach mental qui me suit avant chaque compétition. En pratique, deux mois avant une compétition, je l’appelle et on planifie une première séance d’environ une heure et demie. On parle de mes émotions, de ce que je ressens, et il m’aide mentalement à me préparer en se basant sur mes bonnes performances passées. Ensuite, je refais une séance un mois avant, puis une autre deux semaines avant. Juste avant mes séries, il me donne aussi un petit entraînement de respiration, ce qui m’aide beaucoup à me concentrer, à rester calme et à me focaliser sur les aspects positifs. J’aime aussi écouter un peu de musique pour me canaliser. C’est mon moment pour respirer, me calmer, et ensuite rentrer dans l’eau confiante.

Quelle est ta plus grande fierté sportive jusqu'à aujourd'hui ?

Dans l’histoire du surf au Maroc, personne n’a fait ce que j’ai fait et ce n’est pas pour me vanter. Aujourd’hui, j’ai gagné trois fois de suite les championnats du Maroc en open, puisque je ne suis plus junior. Mais ma plus grande fierté reste ce jour où j’ai remporté, en une seule matinée, les trois catégories juniors : moins de 14 ans, moins de 16 ans et moins de 18 ans. C’était vraiment honorable, surtout parce que j’étais seule à l’avoir fait. Et en plus, c’était à une période où la concurrence était très forte au Maroc, pendant le Covid, avec beaucoup plus de filles participantes.

As-tu déjà vécu des moments de doute ou de remise en question ? Et comment les as-tu surmontés ?

Oui, un grand oui. Au Maroc, il n’y a vraiment pas beaucoup de filles qui surfent. Quand j’étais petite, j’étais la seule fille dans mon équipe avec cinq garçons. Au début, ils ne voulaient pas que je surfe avec eux, et ça m’a fait douter au point de ne plus surfer pendant un mois. Puis ma mère et mon nouveau coach m’ont aidé à tenir bon. Il croyait en moi, surfait avec moi même quand c’était difficile, et m’a montré que j’avais du potentiel. À un moment, j’ai retrouvé mes anciens coéquipiers, qui étaient surpris de me voir progresser. Aujourd’hui, je suis habituée à être souvent la seule fille dans l’eau au Maroc. Quand j’en vois une autre, je suis contente et j’essaie de la motiver.

Quels sont les principaux sacrifices que tu dois faire pour rester à ce niveau, justement ?

Moi, je dirais que rester dans le professionnel, c’est dur. Mentalement, physiquement, il faut s’entraîner, surfer, et aller à la salle. Il faut aussi faire attention à la nutrition, ce qui est compliqué surtout quand on est ado et qu’on a envie de sortir et de manger n’importe quoi. Ce n’est pas vraiment un sacrifice, mais j’aurais pu faire autrement si je n’étais pas à fond dans le surf. Par exemple, j’étais au CNED (Centre national d’enseignement à distance) à partir de la seconde pour pouvoir m’entraîner plus et progresser. Sans le surf, je serais allé dans une école normale.

Pourquoi as-tu choisi de venir en France, notamment à Biarritz pour poursuivre tes études ?

Au départ, je voulais aller à Bordeaux. Je savais que je voulais venir en France pour mes études, et aussi parce que le surf y est bien développé. Je voulais aussi vivre l’expérience de l’étranger. Au départ, je devais intégrer l’ESG Sport à Bordeaux, mais je ne savais pas qu’il y avait un site à Biarritz. J’ai rencontré une agence au Maroc, en partenariat avec l’ESG Sport, celle-ci m’a présenté toutes les options. Quand ils ont su que je faisais du surf, ils m’ont parlé de Biarritz, à 10 minutes à pied de la plage. J’ai tout de suite vu que c’était parfait pour moi. J’ai envoyé ma candidature et j’ai été acceptée rapidement, à la fin de l’année. Pour moi, Biarritz est vraiment l’endroit idéal pour concilier études et surf. J’ai intégré l’école en septembre cette année en Bachelor 1ère année.

Est-ce que l’école propose des aménagements spécifiques ?

C’est un GRAND OUI. Dès le début de l’année, j’avais précisé que j’avais besoin d’un aménagement de mon emploi du temps parce que je suis sportive de haut niveau et j’ai plusieurs compétitions dans l’année. En septembre, presque tout le mois, j’étais en compétition, donc j’avais envoyé des mails à la chargée de scolarité, qui répondait toujours et me disait qu’on ferait des rattrapages dès mon retour. Une fois que j’ai rempli ma fiche de sportive de haut niveau, tout est devenu officiel : l’école sait que mes absences sont liées aux compétitions et ils organisent toujours mes rattrapages, que ce soient des projets ou des examens. J’ai même obtenu un aménagement complet pour toutes mes compétitions.

Comment arrives-tu à concilier études, entraînements et compétitions ?

Ce qui est bien avec l’emploi du temps de l’ESG Sport, c’est que je finis à 17h. Même si le soleil se couche à 18h, j’ai le temps de surfer une heure, ce qui est déjà super. S’il n’y a pas de vagues, je vais directement à la salle de sport. Grâce aux rattrapages qu’ils organisent et à mon emploi du temps, tout devient beaucoup plus simple : je finis les cours, je m’entraîne, puis je travaille un peu avant de repartir en cours. Pour les stages, c’est pareil, je finis à 17h et je m’organise selon les conditions. Et dès que j’ai une compétition, je préviens l’école à l’avance pour qu’ils préparent mes rattrapages. Avec ce soutien, tout devient vraiment plus facile.

En une phrase, comment définirais-tu ton double projet : études + sport de haut niveau ?

Le double projet est essentiel : il faut construire un avenir solide tout en continuant à poursuivre ses rêves sportifs, sans jamais y renoncer.

En quoi ta formation t’aide-t-elle dans ta carrière sportive actuelle ou future ?

J’ai toujours été passionnée par le sport, donc faire des études dans ce domaine, c’était naturel pour moi. Ce n’est pas seulement le surf, j’aime aussi le rugby, le foot, tout ce qui touche au sport. Je ne sais pas encore exactement quelle carrière je ferai, mais une chose est sûre : ce sera forcément dans le sport, parce que j’adore ça.

Quelles valeurs le surf t’a-t-il apprise ?

Le premier mot qui me vient en tête, c’est la persévérance. Ensuite, je dirais la volonté, parce que sans ça, tu n’y arrives pas. Et enfin, je dirais le courage, parce que ce n’est pas donné à tout le monde de le faire.

Est-ce que le sport t’a aidé à te construire personnellement ?

Oui, ça m’aide vraiment à me construire personnellement. Par exemple, cette semaine, j’ai plusieurs entraînements, que ce soit du surf ou du physique, et je n’aurais pas le temps de m’ennuyer. Ma vie tourne autour du sport : mes cours, mes entraînements, parfois un peu de foot quand il n’y a pas de surf. Et comme tout est loin des écrans, ça me convient parfaitement.

Quels sont tes objectifs sportifs à court et long terme ?

À court terme, dans le surf, mon objectif est de continuer à gagner les championnats du Maroc, maintenant en open. À long terme, j’ai un seul rêve : me qualifier pour les JO, soit en 2028, soit en 2032. J’avais déjà tenté ma qualification pour Paris 2024, je me suis entraînée et j’ai participé à plusieurs compétitions, mais je ne me suis pas qualifiée.

Te vois-tu continuer dans le monde du sport après ta carrière d’athlète ?

Je me vois travailler dans le domaine du sport tout en continuant ma carrière de surfeuse. À côté, j’aimerais créer un grand club de surf au Maroc, à Agadir, avec une salle de sport intégrée et une vue sur la mer. L’idée serait que les gens puissent venir surfer ou juste s’entraîner à la salle, de manière professionnelle. J’ai aussi une autre idée qui n’est pas liée au surf. Depuis petite, je suis passionnée par le foot, et j’aimerais créer un club 100 % filles au Maroc pour entraîner de jeunes filles. J’adore travailler avec les enfants et mettre en avant le côté féminin dans le sport.

Que conseilles-tu à un sportif de haut niveau qui souhaiterait intégrer l’ESG Sport ?

Mon conseil, ce serait de tout donner et de vivre pleinement sa passion. L’ESG Sport offre vraiment un cadre idéal pour réussir à la fois sur le plan sportif et sur le plan académique. Je dirais donc : foncez et investissez-vous à 100 %, ils savent soutenir les sportifs de haut niveau, organiser les rattrapages, et permettre de concilier entraînements, compétitions et études.